jeudi 28 mars 2013

Lettre à un ami


Bonjour mon ami,

J’ai bien senti tes inquiétudes par rapport à ma décision d’adopter le régime végétalien. Deux choses pour commencer. Premièrement, je n’ai pas choisi cette voie pour perdre du poids. Deuxièmement, ce n’est pas une religion, personne ne me surveille, il n’y a pas de police végétale : la question n’est pas de savoir si j’ai «le droit» de manger des bines, mais bien si «je veux» manger des bines… Et la réponse est oui!
Pour ce qui est de l’apport nutritif, il se trouve que les produits laitiers, les œufs, et les viandes (incluant poisson) ne sont pas les seules sources de nutriments, et il est fort possible de puiser tous nos besoins alimentaires dans les végétaux.

Voici un petit tableau comparatif, que j’ai monté pour toi*. J’ai choisi trois produits animaliers et trois produits végétaux. J’ai recherche leur valeur nutritionnelle. Ensuite, j’ai vérifié l’apport quotidien recommandé par Santé Canada pour une femme de mon âge. J’ai ensuite calculé soit la quantité de nutriment, vitamine ou élément, soit le pourcentage d’apport nutritionnel, selon la valeur dont je disposais. En ce qui concerne les cas où je n’avais que des pourcentages, les valeurs se trouvent par ailleurs sous-estimées, puisque les valeurs fournies par des fabricants et producteurs correspondent à celles recommandées pour un homme de 31 à 50 ans. Enfin, j’ai calculé mes besoins en protéines selon mon poids, comme recommande de le faire Santé Canada.

J’ai surligné et mis en caractères gras les premiers de classe dans chaque catégorie de nutriment ou vitamine.
En jaune (sans caractères gras) suivent le deuxième et, quand cela vaut la peine d’en parler, le troisième.

Voici ce que ça donne…



Comme tu peux le constater, même en éliminant le bifteck, le lait et le fromage, il me reste encore plein d’options pour aller chercher tout ce dont j’ai besoin dans mon alimentation. Et je n’ai que trois produits végétaux! Il y en a tellement d’autres… Pour la «malnutrition», comme tu dis, on se reprendra.

Pour ce qui est des Oméga 3 et 6, tu connais depuis bien trop longtemps les valeurs nutritives de l’huile d’olive, des graines de lin et de chia, entre autres, pour que je t’en chante ici les vertus.
Si le fromage a des vertus, n’oublions pas que le gras qu’ils contiennent est presque entièrement constitué de gras saturés, ce qui est loin d’en faire un aliment santé par excellence. Outre ces considérations, savais-tu que le fromage dégage des opiacés dans le sang, ce qui explique (enfin) pourquoi on a tant de difficulté à s’en passer?

Je pourrais te parler de seitan, de céréales, de levure nutritive (Red Star), de lentilles, de légumes racines, de légumes tout court, de fruits, de grains, de légumineuses, de tempeh… Je pourrais passer deux jours à dresser la liste des aliments d’origine végétale que l’on peut manger, apprêter et déguster pour bien se nourrir.

Et si cela peut te rassurer, je prends une multivitamines tous les matins, qui comble les carences que je pourrais avoir. Et en étant consciente de ce que je mange, il risque de ne pas y en avoir, de carences. Sur ce chapitre, ce n’est pas parce qu’on mange des animaux et des produits animaliers qu’on a nécessairement une bonne alimentation. Plein de femmes qui mangent de la viande ont des carences en fer, par exemple. De l’autre côté, plein d’hommes ont des problèmes de cœur, de cholestérol, et d’hypertension en raison de leur consommation de viandes. Il y a près de 50% de la population canadienne qui ne comble pas ses besoins en vitamine D.

Ma médecin, diplômée en médecine générale, mais aussi en nutrition, approuve ma démarche et m’encourage à persister. Elle croit même que cette nouvelle alimentation pourrait réduire la fréquence de mes migraines. J’appelle ça un effet secondaire. Et il y en a d’autres.

Pour ce qui est de la variété des menus, depuis la semaine dernière nous avons mangé :

  • du tofu du Général Tao, accompagnés d’un sauté de légumes et de vermicelles de haricot mung
  • des cigares au chou à l’orge, suivis d’une croustade aux pommes pour dessert
  • des huevos rancheros sans œufs (au tofu), avec riz entier au cari et fromage de soya (c’était pas beau, le fromage de soya ne fond pas, mais c’était délicieux), yogourt d’amandes et guacamole
  • de l’omelette sans œuf, à base de farine de pois chiche, aux champignons, ognons et poivrons
  • des fettucinis Alfredo, dans une sauce crémeuse à base de choufleur, avec une pepperonata (salade de poivrons grillés et tomates)
  • une omelette au tofu aux bettes à carde et ognons (pas ma préférée, je préfère de loin celle aux pois chiche, mais peut-être la base était-elle trop épaisse – j’expérimente et je découvre!), accompagnée d’une salade de feuilles de bettes à carde, tomates, ognons verts, noix de pin, huile d’olive et vinaigre balsamique
  • du tofu aux arachides (comme le poulet que je vous ai déjà servi, à toi et Juliette), accompagné de bok choi braisés et d’un riz noir au tamari
  • des tacos, avec garniture aux haricots noirs plutôt que de la viande hachée, tranches d’avocats, tomates, laitue, yogourt aux amandes, poivrons


Pour ce soir, si vous me le permettez, je vous apporte le souper : une lasagne sans fromage (oui, ça se peut). Je vous laisse le choix des accompagnements, d’accord?

Jeudi soir, je mangerai probablement des restants et samedi, ce sera un chili servi sur un pain intégral. Et je prévois faire un pâté de pois chiche et légumes en fin de semaine, de même que des boulettes de riz et lentilles (avec sauce tomates) pour un autre jour. On ne risque pas de s’ennuyer à ma table!

Je suis déçue que tu puisses penser que je n’ai pas eu l’intelligence de faire mes recherches et de bien me renseigner sur les conséquences d’un régime végétalien. Je suis aussi déçue que tu ne t’intéresses pas à ma démarche. Sincèrement, je m’attendais à mieux que des commentaires sur «les rides prématurées». Si tu as envie d’élever la discussion à un autre niveau, je te suggère deux lectures, l’une sur l’éthique de l’alimentation, l’autre sur la santé par l’alimentation :





D’ailleurs, je te les emmène ce soir.

Question éthique, tu peux aussi aller plus vite en regardant ceci :



J’ai dormi sur ce courriel avant de l’envoyer, parce qu’hier, j’étais vraiment blessée. Par tes propos, mais aussi par ceux de ta blonde.

Une relecture à tête reposée, c’est toujours mieux.


Isabelle


*Ces données proviennent, notamment, des sites suivants :


… sans compter les informations inscrites sur les emballages des aliments que j’ai à la maison.

dimanche 24 mars 2013

Road trip à Vegan

Il y a quelques temps, en 2011, à la radio de Radio-Canada, Josée Blanchette, Jérôme Ferrer et Vincent Gratton discutaient de livres de recettes, végétariens, végétaliens (végans) ou flexitariens. Et comme elle l’avait déjà fait à la même antenne, lors d’une autre émission,  Josée Blanchette s’est emportée sur la question de manger des animaux, citant et recommandant avec sa verve habituelle le livre de Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux? À l’entendre, il fallait absolument lire ce livre...

J’ai vite changé de poste. Mais ce qu’ils sont ennuyeux, ces végétariens, végans et crudivores! Toujours là à essayer de nous faire sentir coupable, à vouloir nous rentrer leurs légumineuses dans la gorge, à pleurer sur le sort de quelques vaches et cochons, à vanter leur santé resplendissante et leur conscience tranquille! Laissez-moi mes steaks, bazouelle!

Et voilà-tu pas que cette semaine, contre toute attente, j’ai téléchargé le livre de Foer, en version originale anglaise. Comprenez-moi bien : je ne suis pas tombée sur le livre dans une librairie, ni à la bibliothèque, ni encore chez une amie. Non, je l’ai acquis volontairement. Et je l’ai lu. En deux jours. Mais qu’est-ce qui m’a pris? Josée Blanchette l’avait dit : « Ce livre va changer votre vie. » Elle avait raison. Ça change la mienne. Et c’est pire que je ne le croyais.

Les horreurs qui sont décrites dans ce livre, je les savais. Je les savais, mais je ne voulais pas les savoir. Vous me suivez? Je me doutais bien que mon bœuf à la florentine et mon poulet sur canette de bière n’avaient pas eu la vie facile, mais je me disais « C’est ça qui est ça » et je dégustais. Avec délices. Après la lecture de ce livre, je me suis demandé comment j’allais faire pour manger le poulet et le bœuf, et le veau, et le poisson, qui se trouvent dans mon congélateur.

Et comme si ce n’était pas suffisant, comme si, une fois la porte ouverte, après la pluie le déluge, je suis allée dans YoutubeJ’y ai visionné deux vidéos : 

Factory Farming in 60 Seconds Flat




Meet Your Meat


Si Foer, en entrevue, recommande simplement de manger moins de viande, pour moi, ce n’est plus suffisant. 

Me voici, contre toute attente, moi, carnivore invétérée, l’auteure d’un blogue sur le Gros œuf vert, propriétaire de deux de ces Fabergé vert forêt, me voici, donc, devenue végane. Presque du jour au lendemain. 

Dans cette nouvelle aventure, je compte démontrer que la vie sans produits animaliers est chose possible, saine, et même intéressante. Côté culinaire, je me délecte déjà à l’idée de découvrir de nouveaux chefs, et de nouvelles façons d’apprêter mes classiques. Et n’oublions pas le Gros œuf vert!

Tout un road trip...

Ajout : pour les incrédules qui disent que ces choses-là ne se passent pas dans notre cour, je vous invite à regarder ce reportage de CTV... http://www.ctvnews.ca/w5/undercover-investigation-reveals-disturbing-and-inhumane-treatment-of-factory-farm-animals-1.1070919.